Framework de prompting

Frameworks de prompting pour le médiateur numérique : le guide de référence

Un médiateur numérique peut structurer ses prompts avec quatre cadres de travail (frameworks) principaux, RCO-RCF pour les assistants et simulations d’accueil, CO-STAR pour les supports de communication et d’atelier, CRISPE pour les jeux de rôle pédagogiques, et Chain-of-Thought (CoT) pour l’analyse critique et le fact-checking. Choisir le bon cadre selon la situation rend les réponses de l’IA plus fiables, plus adaptées au public et plus faciles à réutiliser.

Définition. Un framework de prompting est une grille de rédaction qui découpe une consigne adressée à une IA générative en rubriques fixes (rôle, contexte, objectif, public, format…). Il sert à ne rien oublier d’essentiel et à obtenir des réponses reproductibles.

Qu’est-ce qu’un médiateur numérique en 2026 ?

Le médiateur numérique est le professionnel qui accompagne des personnes vers un usage autonome des outils et services numériques, dans le cadre d’une stratégie d’inclusion numérique territoriale. Depuis le 13 juillet 2025, le métier est certifié par un nouveau titre professionnel de niveau 5 du ministère du Travail, le TP Médiateur numérique (RNCP40695) , qui remplace l’ancien titre de responsable d’espace de médiation numérique (RNCP39181).

RepèreCe que dit la fiche officielle
CertificationTP Médiateur numérique, RNCP40695 , niveau 5 (bac+2)
Texte de référenceArrêté du 20 mai 2025, publié au JO le 23 mai 2025
ValiditéParcours ouverts du 13 juillet 2025 au 12 juillet 2030
Code ROME rattachéG1202 – Animation d’activités culturelles ou ludiques
Bloc 1Accompagner les publics vers un usage autonome des outils numériques et services en ligne
Bloc 2Accompagner les publics les plus éloignés du numérique dans un réseau territorial
Intitulés d’emploiMédiateur numérique, conseiller numérique, conseiller médiateur numérique, animateur numérique, animateur multimédia
Lieux d’exerciceCollectivités, France Services, bibliothèques-médiathèques, CCAS, missions locales, tiers-lieux, associations

À noter : France Travail refond actuellement le ROME (version 4.0, vers près de 2 000 fiches emplois). Le rattachement à G1202 est celui de la fiche RNCP en vigueur ;

Pourquoi le médiateur numérique est aussi un architecte de l’information

Un architecte de l’information organise, nomme et relie les contenus pour qu’on les trouve et les comprenne ; c’est déjà le quotidien du médiateur. Le référentiel du titre lui demande de poser un diagnostic, de concevoir des parcours et des supports accessibles, et d’orienter vers les bons services du territoire. Avec l’IA générative, ces savoir-faire changent d’échelle :

  • Structurer la connaissance : classer les ressources (fiches démarches, tutoriels, FAQ) avec un vocabulaire commun, pour qu’elles soient exploitables par un humain comme par un assistant IA.
  • Concevoir des consignes : un prompt bien construit (rôle, contexte, règles, format) est une petite architecture de l’information appliquée à une seule tâche.
  • Fiabiliser les sources : choisir les documents qu’on donne à l’IA, les dater, les mettre à jour, et vérifier ce qu’elle restitue.
  • Penser les parcours usagers : décider à quel moment l’IA aide, et à quel moment l’usager doit être orienté vers un humain.

Comment le médiateur numérique aide les équipes à adopter l’IA

Le médiateur numérique est bien placé pour acculturer ses collègues à l’IA, parce qu’il sait déjà transmettre des usages numériques à des publics non spécialistes. Depuis le 2 février 2025, l’article 4 du règlement européen sur l’IA (AI Act) impose aux organisations qui utilisent des systèmes d’IA de garantir un niveau suffisant de maîtrise de l’IA chez leur personnel. Le médiateur peut porter cette mission en interne :

  1. Diagnostiquer les usages : recenser ce que les équipes font déjà avec l’IA, souvent sans cadre.
  2. Animer des ateliers d’acculturation : démystifier le fonctionnement des modèles, leurs limites et leurs biais.
  3. Construire une bibliothèque de prompts partagée, organisée par situation métier et par framework (voir ci-dessous).
  4. Co-rédiger une charte d’usage : données interdites, outils autorisés, vérification obligatoire des réponses.
  5. Évaluer et ajuster : recueillir les retours, mettre à jour les prompts et les supports.

Les frameworks de prompting présentés dans la suite de ce guide sont les outils concrets de cette double mission : structurer l’information et la rendre transmissible.

Pourquoi un médiateur numérique a-t-il besoin d’un framework de prompting ?

Un framework transforme une demande vague (« fais-moi un atelier sur l’IA ») en consigne précise que l’IA peut exécuter sans deviner. Pour un médiateur numérique, documentaire ou culturel, cela produit trois bénéfices concrets :

  • Fiabilité : l’IA reçoit le contexte, le public et les limites ; elle invente moins et reste dans le cadre.
  • Adaptation au public : novices, seniors, étudiants ou usagers en situation d’illectronisme reçoivent un ton et un vocabulaire ajustés.
  • Transmission : un prompt structuré se partage entre collègues et s’enseigne aux usagers lors d’ateliers d’acculturation à l’IA.

L’ingénierie du prompt n’est donc pas réservée aux développeurs. Elle devient une compétence de médiation à part entière, au même titre que la recherche documentaire ou l’éducation aux médias.

Quels sont les principaux frameworks de prompting ? (tableau comparatif)

Les quatre cadres ci-dessous couvrent l’essentiel des situations de médiation : accueil, communication, simulation et analyse.

FrameworkComposantesForce principaleUsage idéal en médiation
RCO-RCFRôle, Contexte, Objectif, Règles, Cible, FormatÉquilibre entre contrôle et simplicitéTuteurs socratiques, assistants d’accueil, usagers virtuels
CO-STARContext, Objective, Style, Tone, Audience, ResponseAdaptation du message au publicSupports d’atelier, flyers, posts, conducteurs pédagogiques
CRISPECapacity et Role, Insight, Statement, Personality, ExperimentPosture psychologique fine et variantesJeux de rôle, simulations d’appels ou d’entretiens difficiles
Chain-of-Thought (CoT)Consigne de raisonnement étape par étapeDécomposition logique avant la conclusionFact-checking, analyse de sources, recherche documentaire complexe

RCO-RCF : le framework de l’accueil et de la guidance

RCO-RCF est un framework en six rubriques ( Rôle, Contexte, Objectif, Règles, Cible, Format ) qui donne à l’IA une identité, une mission et des limites claires. Les « Règles » en font le cadre le plus adapté pour contraindre un comportement conversationnel (réponses courtes, refus du jargon, posture socratique).

Quand l’utiliser : pour s’entraîner à l’accueil d’un usager, tester un protocole d’accompagnement ou créer un tuteur qui guide sans donner la solution.

Exemple – l’usager virtuel perdu dans sa recherche documentaire :

RÔLE
Tu es un usager (étudiant ou chercheur) qui vient me voir à l'espace numérique. Tu es perdu face à ton travail de recherche.

CONTEXTE
Tu dois réaliser une recherche documentaire sur un sujet complexe. Tu es submergé par la masse d'informations, tu as peur des fake news et tu ne sais pas organiser ta veille.

OBJECTIF
Me permettre de t'accompagner pas à pas. Simule un dialogue réaliste pour tester ma posture de médiateur, sans jamais me donner de solution toute faite.

RÈGLES
1. Pas d'exposé théorique : 2 ou 3 phrases maximum par réponse.
2. Posture socratique inversée : exprime tes doutes et attends mes questions pour avancer.
3. Si j'emploie un jargon (« opérateurs booléens », « flux RSS »), dis poliment que tu ne comprends pas.
4. Ne progresse que si je propose une méthode claire et bienveillante.

CIBLE
Moi, le médiateur numérique. Vouvoiement, ton respectueux mais un peu anxieux.

FORMAT
Échange fluide et interactif. Commence maintenant par une phrase d'accroche qui expose ton problème.

Pourquoi ça marche : la rubrique Règles crée une contrainte mesurable. Le médiateur évalue sa propre posture : si l’IA « décroche » ou reste bloquée, c’est un signal sur la clarté de l’accompagnement.

CO-STAR : le framework de la communication et des ateliers

CO-STAR est un framework en six rubriques ( Context, Objective, Style, Tone, Audience, Response ) centré sur l’adaptation du message à son public. Conçu par l’équipe Data Science & IA de GovTech (agence gouvernementale de Singapour), il a été popularisé par Sheila Teo, lauréate du premier concours GPT-4 de prompt engineering organisé par GovTech en novembre 2023.

Quand l’utiliser : pour produire un conducteur d’atelier, une affiche, une newsletter ou un post dont le ton et le niveau de langue comptent autant que le fond.

Exemple – atelier « Démystifier l’IA » en médiathèque :

CONTEXT (C)
Je suis médiateur numérique en bibliothèque. J'anime un atelier pratique d'une heure, « Démystifier l'intelligence artificielle », pour 8 adultes et seniors novices.

OBJECTIVE (O)
Rédige le conducteur pédagogique complet, séquencé minute par minute, avec des analogies simples et des exercices ludiques (ex. : demander à l'IA de planifier un repas avec 3 ingrédients imposés).

STYLE (S)
Guide d'animation professionnel, structuré en blocs temporels.

TONE (T)
Pédagogique, rassurant, neutre, axé sur l'esprit critique (l'IA ne « pense » pas).

AUDIENCE (A)
Le médiateur qui anime, et des participants sans aucun prérequis.

RESPONSE (R)
1. Configuration de la salle (matériel, outils).
2. Déroulé chronologique (introduction, pratique 1, pratique 2, conclusion-débat).
3. Fiche mémo « prompteur débutant » en 3 points à distribuer.
4. Une technique pour remobiliser un participant qui décroche.

Pourquoi ça marche : en séparant Style, Tone et Audience, CO-STAR évite le défaut le plus fréquent des contenus générés : un texte juste sur le fond mais inadapté au public visé.

CRISPE : le framework des jeux de rôle et des simulations

CRISPE est un framework en cinq temps ( Capacity & Role, Insight, Statement, Personality, Experiment ) qui pousse l’IA à incarner une posture psychologique précise et à faire varier son comportement. La rubrique Insight apporte la connaissance du terrain ; la rubrique Experiment définit comment la simulation réagit aux erreurs.

Quand l’utiliser : pour former des agents d’accueil ou de centre de contact à des échanges tendus, notamment avec des usagers en situation d’illectronisme face aux démarches en ligne.

Exemple : appel d’un futur retraité bloqué sur une démarche en ligne :

CAPACITY & ROLE (CR)
Tu es formateur expert en relation usager pour les services publics et spécialiste de la fracture numérique administrative.

INSIGHT (I)
Les futurs retraités qui appellent sont souvent anxieux de ne pas percevoir leurs droits à temps. Ils butent sur la complexité des plateformes : fichiers trop lourds, bugs de connexion, FranceConnect.

STATEMENT (S)
Joue « Monsieur Lambert, 61 ans ». Il appelle, paniqué : le site Info-Retraite refuse sa pièce jointe et il craint un retard de sa première pension.

PERSONALITY (P)
Confus, méfiant, agacé par « l'informatique ». Expressions populaires (« le truc en ligne », « votre machine »). Tu ne te calmes que si l'agent valide ton angoisse, évite tout jargon et t'explique pas à pas.

EXPERIMENT (E)
Lance la simulation par la première réplique de Monsieur Lambert, puis attends ma réponse de conseiller. En cas d'erreur d'attitude de ma part, fais monter la tension à la réplique suivante.

Pourquoi ça marche : la règle d’escalade (Experiment) transforme la simulation en outil d’évaluation. L’apprenant voit immédiatement l’effet de ses mots sur l’usager.

Chain-of-Thought (CoT) : le framework de l’esprit critique

Le Chain-of-Thought (« chaîne de pensée ») consiste à demander à l’IA de raisonner étape par étape avant de conclure. La technique a été décrite en 2022 par des chercheurs de Google (Wei et al.), qui ont montré qu’elle améliore les performances des grands modèles de langage sur les tâches de raisonnement. Ce n’est pas un acronyme mais une manière d’imposer un cheminement.

Quand l’utiliser : pour analyser la fiabilité d’une information, cartographier une controverse, préparer une séance d’éducation aux médias et à l’information (EMI) ou mener une recherche documentaire complexe.

Exemple : audit de fiabilité sur un sujet sensible :

Agis en expert du fact-checking et des sciences de l'information.

Tâche : analyser la fiabilité des informations en ligne sur [sujet, ex. : les risques des deepfakes dans les médias].

Procède strictement étape par étape et détaille ton raisonnement avant chaque conclusion :
Étape 1 : cartographie les principales thèses, controverses et rumeurs en circulation.
Étape 2 : pour chaque thèse, indique les critères de fiabilité nécessaires pour la valider (institutions, profils d'experts, recoupement).
Étape 3 : propose 3 types de sources institutionnelles ou bases académiques où vérifier ces faits.
Étape 4 : rédige 3 questions à poser aux usagers pour développer leur esprit critique sur ce sujet.

Ne passe à l'étape suivante qu'après avoir validé la logique de la précédente.

Pourquoi ça marche : le raisonnement devient visible, donc vérifiable. Le médiateur peut repérer une étape faible et la montrer aux usagers comme exemple d’analyse critique. Attention : un raisonnement bien présenté reste à contrôler, les sources citées par l’IA doivent toujours être vérifiées.

Comment choisir le bon framework de prompting ?

Le bon framework dépend du résultat attendu : une conversation, un support, une simulation ou une analyse.

En cas de doute, commencez par RCO-RCF : c’est le cadre le plus polyvalent, et il accepte une consigne Chain-of-Thought dans sa rubrique Objectif.

Bonnes pratiques et limites à connaître

Un bon framework ne remplace ni le jugement du médiateur ni la vérification des faits. Six règles s’appliquent quel que soit le cadre choisi :

  1. Ne jamais saisir de données personnelles d’usagers (nom, numéro de sécurité sociale, identifiant fiscal, dossier de retraite) dans un outil d’IA grand public, conformément au RGPD.
  2. Vérifier chaque source citée par l’IA : les références inventées (« hallucinations ») restent fréquentes.
  3. Itérer : un premier prompt est un brouillon. Ajoutez une règle ou un exemple quand la réponse dérive.
  4. Donner un exemple de sortie attendue quand le format compte (fiche, tableau, ton).
  5. Combiner les cadres : un prompt CO-STAR peut contenir une consigne Chain-of-Thought dans sa rubrique Objective.
  6. Expliquer la méthode aux usagers : montrer la structure d’un prompt est en soi une activité d’éducation critique au numérique.

FAQ : frameworks de prompting et médiation numérique

Quel est le meilleur framework de prompting pour débuter ? RCO-RCF ou CO-STAR. Leurs rubriques sont explicites et se mémorisent facilement ; elles conviennent aux ateliers grand public.

Quelle différence entre CO-STAR et RCO-RCF ? CO-STAR soigne la forme du message (style, ton, audience). RCO-RCF encadre un comportement par des règles, ce qui le rend plus adapté aux conversations et simulations.

Le Chain-of-Thought fonctionne-t-il avec tous les outils d’IA ? Oui, la consigne « raisonne étape par étape » est comprise par les principaux assistants (ChatGPT, Claude, Gemini, Mistral Le Chat). Certains modèles récents raisonnent déjà en interne, mais imposer des étapes reste utile pour rendre le raisonnement lisible.

Peut-on enseigner ces frameworks aux usagers ? Oui. Une fiche mémo en trois points (qui est l’IA, que doit-elle faire, pour qui et sous quelle forme) suffit à des débutants.

Un framework garantit-il une réponse exacte ? Non. Il améliore la pertinence et la cohérence de la réponse, pas sa véracité. La vérification des faits reste indispensable.

Faut-il écrire ses prompts en anglais ? Non. Les modèles actuels traitent très bien le français ; les intitulés de rubriques peuvent rester en anglais (CO-STAR) ou être traduits.

À retenir

  • RCO-RCF = encadrer un comportement (accueil, tutorat, usager virtuel).
  • CO-STAR = adapter un message à un public (atelier, communication).
  • CRISPE = incarner une posture et la faire évoluer (jeu de rôle, formation).
  • Chain-of-Thought = rendre un raisonnement visible et vérifiable (fact-checking, EMI).

Glossaire

TermeDéfinition
PromptConsigne écrite adressée à une IA générative.
Ingénierie du promptPratique consistant à rédiger et améliorer des prompts pour obtenir des réponses fiables.
HallucinationInformation fausse ou inventée présentée par l’IA comme exacte.
Posture socratiqueMéthode qui fait progresser l’interlocuteur par des questions plutôt que par des réponses.
IllectronismeDifficulté ou incapacité à utiliser les outils numériques au quotidien.
GEO (Generative Engine Optimization)Optimisation d’un contenu pour être repris et cité par les moteurs de réponse IA.

Sources

Stéphane Arrami

Stéphane Arrami

Architecte de l'information, développeur et formateur web, IA et NoCode depuis 2017, je pilote mes propres structures (formateur-web.com et wanimi.com pour l'Info-Com) tout en intervenant pour OpenClassrooms.

Je suis également membre de jury officiel pour les titres professionnels de développeur web et designer UI.

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