Parcours Les outils du manager

EML – École de Management de Lyon

Contexte et objectifs du parcours

L’objectif général du parcours est de permettre aux apprenants d’acquérir des compétences fondamentales en bureautique (Excel, Word), de comprendre le fonctionnement d’une base de données simple, et de mobiliser ces outils dans des situations professionnelles concrètes.

Plusieurs ajustements pédagogiques ont été mis en place afin de mieux répondre :

  • aux objectifs de professionnalisation des apprenants,
  • aux attentes des formateurs,
  • et aux exigences du référentiel Qualiopi.

Le programme a été révisé à chaque session de formation (1 version par session, soit 2 versions sur l’année), afin d’intégrer les retours terrain et d’améliorer en continu la pertinence pédagogique.

Présentation du programme

Structuration pédagogique et conformité Qualiopi

Clarification des objectifs et attendus

  • Chaque objectif pédagogique est explicitement annoncé en début de module.
  • Les attendus des livrables sont clairement indiqués aux apprenants.
  • Des grilles d’évaluation critériées sont renseignées pour les formateurs, afin d’harmoniser les pratiques d’évaluation.

Positionnement des outils et contenus

Excel – Cœur du parcours

Excel constitue l’outil central de la formation, avec un positionnement clair sur les niveaux 1 à 3 du référentiel TOSA (initiation à intermédiaire).

Approche pédagogique :

  • Cas concrets et contextualisés : fiches produits automatisées, graphiques interactifs, tableaux de bord.
  • Pédagogie démonstrative et active : « je montre, je fais », favorisant l’ancrage des acquis.
  • Progression différenciée selon les niveaux.

Compétences travaillées :

  • Manipulation et structuration des données
  • Fonctions courantes (RECHERCHEV / RECHERCHEX, SI, filtres, tris)
  • Mise en forme conditionnelle
  • Création de graphiques
  • TCD abordés en démonstration pour les profils avancés

Word – Usage professionnel ciblé

Word est abordé de manière pragmatique, avec un focus sur les usages concrets en entreprise :

  • Mise en page professionnelle
  • Structuration de documents
  • Publipostage
  • Génération de documents PDF
Mini atelier SQL

SQL & ouverture Web / CMS

  • Initiation à MySQL maintenue, avec une base simple et des requêtes élémentaires (SELECT, WHERE, JOIN).
  • WordPress n’est pas utilisé comme outil d’apprentissage technique, mais comme support illustratif, afin de montrer :
    • la structuration de données,
    • les logiques d’import / export,
    • la valorisation des données dans un environnement web.

Dispositif pédagogique et progression

Journées d’inclusion (positionnement et remise à niveau)

Jour 1

  • Matin : bases de l’informatique
  • Après-midi : Word (prise en main, trames professionnelles)

Jour 2

  • Matin : Excel – bases (TOSA niveau 2–3)
  • Après-midi : découverte d’une base de données simple (fichier partagé, lien avec Excel)

Jour 3

  • Matin : Excel – renforcement (formules, filtres, tableaux)
  • Après-midi : sensibilisation à la cybersécurité

Parcours d’ateliers pratiques thématiques

Cinq ateliers viennent renforcer et mettre en application les compétences acquises lors des journées d’inclusion :

  1. Excel – Recherche d’informations et visualisation
  2. Publipostage & génération PDF
  3. Initiation SQL (TOSA niveau 2–3)
  4. Automatisation et extraction de données
  5. Résolution de problème métier (mobilisation Excel / SQL, illustration via WordPress)

Modalités d’évaluation des acquis

  • Évaluation continue pendant les ateliers (exercices pratiques, fichiers rendus)
  • Grilles de compétences critériées par atelier
  • Quiz et auto-évaluations
  • Évaluation du transfert des compétences via des cas métiers concrets
  • Mise en place prévue d’un exercice TOSA en autonomie (positionnement ou validation)

Points positifs et leviers de progression

Points forts

  • Excel et Word : fondamentaux solides et appréciés des apprenants
  • SQL : atelier bien accueilli avec un fort potentiel métier
  • Diversité des supports : ateliers, fiches formateurs, ressources complémentaires
  • Souplesse pédagogique permettant des ajustements selon les niveaux

Problématiques identifiées

  1. Accès à la plateforme LMS
    • Difficultés ponctuelles d’accès pour certains formateurs
  2. Exploitation des évaluations
    • Visibilité partielle des résultats
    • Retours pédagogiques à renforcer
  3. Collecte et correction des travaux
    • Processus chronophage pour les formateurs

Adaptation aux publics et amélioration continue

  • Contenus ajustés en fonction des retours terrain
  • Progression pédagogique clarifiée dès les journées d’inclusion
  • Supports accessibles favorisant l’autonomie
  • Possibilité d’accompagnement individualisé (tutorat technique ou pédagogique)

Ressources différenciées

  • Fiches cours structurées pour les formateurs
  • Ressources complémentaires en autonomie pour les apprenants avancés
  • Progression personnalisée sans freiner le groupe

Démarche d’amélioration continue

Le parcours s’inscrit dans une logique de pilotage actif et d’amélioration continue :

  • réécriture et ajustements entre chaque session,
  • simplification de certaines séquences,
  • clarification progressive des consignes,
  • refonte des ateliers en cours pour mieux cibler les compétences réellement mobilisables en situation professionnelle.

Ajustement du rythme et du format pédagogique

Constat pédagogique :
Le format actuel de 3 journées consécutives de 6 heures s’avère trop dense, en particulier pour des publics hétérogènes et en phase de (re)prise en main des outils numériques.

Effets observés :

  • Fatigue cognitive en fin de journée
  • Baisse de la capacité d’attention et de mémorisation
  • Difficulté à consolider les acquis avant d’enchaîner sur de nouvelles notions
  • Moins de temps pour l’appropriation réelle et le réinvestissement

Piste d’amélioration proposée :

  • Alléger les journées ou fractionner les apports (ex. demi-journées ou étalement sur une période plus longue)
  • Introduire davantage de temps de respiration pédagogique (consolidation, reprises guidées, exercices différés)
  • Mieux distinguer les temps de notions théoriques et les temps d’application pratique

Le passage de la certification ICDL en fin de parcours a perdu en pertinence : positionnée après une séquence dense, elle valorise peu les compétences réellement mobilisées en situation professionnelle. Une réorganisation vers une évaluation plus continue et contextualisée est à privilégier.

Vers un nouveau programme : « Compétences numériques résilientes »

Toute certification centrée sur les outils propriétaires (Excel, Word, etc.) — relève d’une logique extractiviste, et ne correspond ni à mes valeurs, ni aux besoins réels de résilience numérique que je défends.

Objectif : Former non pas à utiliser des outils imposés, mais à maîtriser des compétences transférables, durables et souveraines, dans un écosystème ouvert, documenté et réutilisable.

Problème avec le modèle ICDL/Excel/Word

  • Centré sur des logiciels propriétaires (Microsoft, Google) : dépendance, coûts cachés, obsolescence imposée
  • Compétences atomisées : pas de vision systémique du numérique
  • Évaluation normative : ne mesure pas la résolution de problèmes réels
  • Ignore les enjeux d’éthique, de sauvegarde, d’interopérabilité
  • Ignore les alternatives libres (LibreOffice, Markdown, bases de données simples, etc.)

Positionnement pédagogique

Je ne forme pas à des logiciels. Je forme à penser le numérique comme un espace de soin, de transmission et de résistance. Chaque compétence apprise doit être réutilisable, transmissible, et indépendante.

Ce que le monde a besoin : penser le numérique, des artisans de l’autonomie, des savoirs partageables, des gestes reproductibles.

Qui seront les managers de demain ?

Ceux qui pilotent dans l’opacité des plateformes extractivistes… ou ceux qui maîtrisent la donnée, la documentent, la transmettent ?

Deux figures émergentes et elles sont incompatibles

1. Le manager extractiviste (modèle dominant aujourd’hui)
  • Outils : Microsoft 365, Google Workspace, Power BI, Salesforce, Teams, Slack, Notion (SaaS centralisé)
  • Logique : « Tant que c’est dans le cloud, c’est “collaboratif”. Tant que ça fait des graphiques, c’est “data-driven”. »
  • Réalité :
    • Les données sont captives, non exportables, non pérennes.
    • La mémoire organisationnelle disparaît quand un employé part.
    • La “collaboration” dépend d’un compte administrateur et d’un abonnement qui peut être coupé.
    • Le manager ne comprend pas ce qu’il mesure — il clique sur des dashboards noirs.

C’est un manager-consommateur : il utilise, mais ne possède rien.
Son pouvoir repose sur l’opacité, pas sur la clarté.

2. Le manager résilient (figure émergente, rare, mais nécessaire)
  • Outils : Markdown, CSV, Git, SQLite, LibreOffice, sites statiques, outils auto-hébergés
  • Logique : « Si je ne peux pas sauvegarder, lire, transmettre ou auditer cette donnée — elle n’existe pas. »
  • Réalité :
    • Il structure l’information comme un bien commun.
    • Il documente les processus (pas juste les résultats).
    • Il forme ses équipes à la sobriété, pas à la dépendance.
    • Il mesure ce qui est utile, pas ce qui brille.

C’est un manager-artisan : il construit, documente, transmet.
Son pouvoir repose sur la transparence et la reproductibilité.

Qui dominera demain ?

À court terme : les extractivistes.
Ils sont soutenus par :

  • les DSI (qui aiment les contrats globaux),
  • les directions (qui veulent du “rapide”),
  • les écoles (qui forment à Excel, pas à la pensée des données).

Mais à moyen terme ? Leurs modèles vont craquer :

  • Coûts explosifs (Microsoft 365 + Power BI + Azure = facture de plus en plus lourde)
  • Risques juridiques (RGPD, transferts de données hors UE)
  • Perte de mémoire (quand tout est dans Notion, et que le compte est fermé…)
  • Obsolescence (un fichier .xlsx de 2010 ne s’ouvre plus proprement en 2030)

Les structures qui survivront seront celles qui maîtrisent leurs données pas celles qui les louent.

Quel outil voudrait-on que nos petits-enfants puissent encore ouvrir dans 20 ans?

Les outils “prêts à l’emploi” (Notion, Google Workspace, etc.) font croire qu’on n’a plus besoin de concevoir.

On forme des “codeurs” ou des “utilisateurs avancés”, mais plus à penser des systèmes.

Comment former à la pensée critique dans un monde qui ne veut que des exécutants ? Et surtout : comment le faire sans exclure celles et ceux qui arrivent “démunis” face au numérique ?

On forme des managers, des informaticiens à résoudre des problèmes… mais on oublie de leur apprendre à voir, à sentir, à habiter ce qu’ils construisent.

Catégories : Formation professionnelle
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